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Une bouteille à l'amer


Comme un enfant déballe un cadeau et découvre avec tristesse qu’il ne correspond pas à ce qu’il a demandé, nous avons, comme tant d’autres, ressenti amertume et frustration au lendemain d’un référendum qui fera date, mais certainement pas pour les raisons espérées.


À force de réclamer une meilleure intégration des résidents étrangers dans le système démocratique luxembourgeois et de faire en sorte que les importantes décisions politiques ne soient plus uniquement laissées entre les mains d’une minorité qui se dit bien pensante, nous avions imaginé, peut-être naïvement, recevoir un tel cadeau pour notre 15e anniversaire. Quinze ans pendant lesquels Paperjam s’est, petit à petit, émancipé.


Du «Mir sinn dofir» du printemps 2013 au «Jo» du printemps 2015, ce ne sont pas les messages lancés qui ont manqué, suscitant ou, mieux, relayant l’opinion de bon nombre de décideurs, y compris des Luxembourgeois «de souche», pour ce «mieux-être ensemble» que beaucoup appellent de leurs vœux.


«Beaucoup», certes, mais visiblement pas (encore) ceux qui ont le droit de s’exprimer. Et tous ces messages ont aujourd’hui la triste apparence de bouteilles lancées dans cet océan de conservatisme d’où nous aurions pourtant souhaité que surnage un peu plus de bon sens.


«Ever tried. Ever failed. No matter. Try again. Fail again. Fail better.»

Le peuple luxembourgeois, qui démocratiquement parlant a raison, n’est donc visiblement pas encore prêt à franchir le cap (que dis-je, la péninsule…), mais la grille de lecture des résultats de ce référendum comporte suffisamment de dimensions pour ne pas se contenter de la seule amertume d’un rendez-vous manqué avec l’Histoire.


Évidemment, à l’heure où le pays prend la présidence du Conseil de l’Union européenne, un «oui» au droit de vote des résidents étrangers aurait eu une portée au moins aussi forte que celui prononcé devant madame la bourgmestre par Xavier Bettel et son désormais mari. Aujourd’hui, c’est toute la coalition gouvernementale qui se retrouve marrie. Déjà bousculée à l’occasion des élections européennes de mai 2014, elle a, en tous les cas, subi par procuration un nouveau revers dont il est encore trop tôt, aujourd’hui, pour mesurer la réelle portée.


Pour les partisans du «oui», deux siècles après la bataille de Waterloo, c’est une autre morne plaine sur laquelle ils errent aujourd’hui. Mais chacun pourra toujours méditer sur cette citation de Samuel Beckett, remise au goût du jour sur les courts de Roland-Garros par un tennisman suisse persévérant: «Ever tried. Ever failed. No matter. Try again. Fail again. Fail better.»


Le 7 juin 2015 ne doit, en rien, constituer une date synonyme de point final dans le grand livre du progressisme. Paperjam, pour sa part, continuera encore et toujours à militer et à s’engager pour faire bouger les choses. Peut-être échouerons-nous encore parfois, mais alors avec toujours l’envie d’échouer «mieux».



(article publié dans l'édition de juillet 2015 de Paperjam)

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