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Praesentia universalis


Depuis la toute première Exposition universelle de 1851, le Luxembourg a participé 21 fois à ce type d’événement. En attendant Dubaï 2020, voici un voyage dans le temps et dans l’espace pour (re)découvrir les contextes et les profils des différentes présences luxembourgeoises. À noter que n'ont été intégrées que les Expositions dites «universelles» et non pas internationales.


Londres (1re Exposition universelle de l’histoire), 1851


Cette toute première Exposition est organisée au cœur du prestigieux Crystal Palace (photo) construit pour l’occasion. Poussée par la Chambre de commerce, le Grand-Duché de Luxembourg, indépendant depuis 12 années, s’y rend dans le cadre du Zollverein allemand auquel il est adhérent depuis 1842. Six exposants représentent le pays: le fabricant de chaussures J. Wemmer, bottier du roi Grand-Duc (récompensé d’une médaille), la Ganterie française de l’Union (qui reçoit une mention honorable), les draperies Godchaux, le fabricant de papiers peints Jacques Lamort, le céramiste Jean-François Boch et le maître de forges Auguste Metz.


Paris (3), 1855


Sous la houlette du commissaire Guetschlick Godchaux (des draperies du même nom), une vingtaine d’exposants luxembourgeois se présentent au Palais de l’industrie sur les Champs-Élysées. En conflit avec la Prusse, qui souhaite regrouper tous les adhérents du Zollverein sous sa coupe, le Luxembourg parvient à obtenir d’apposer, sur son stand, le drapeau du roi de Hollande portant en lettres d’or l’inscription «Grand-Duché de Luxembourg». Les frères Godchaux y recevront une médaille de 1re classe pour des «étoffes de pantalon d’un goût parfait».


Paris (8), 1867


Cette fois, c’est tout l’espace du Champ-de-Mars qui est occupé par l’immense palais de l’exposition constitué de galeries concentriques. Mais le Luxembourg n’y occupe que… 6,6m2 dans lesquels se serrent six exposants, sous la bienveillance du commissaire luxembourgeois, le député et conseiller communal de la capitale, Tony Dutreux. Il faut dire qu’à ce moment-là de l’histoire, Napoléon III négocie avec le roi des Pays-Bas le rachat du Luxembourg, ce que le chancelier Bismarck ne voit pas d’un très bon œil. De cette crise débouche le traité de Londres de 1867 qui confère au Luxembourg sa neutralité.


Philadelphie (11), 1876


Le centenaire de la déclaration d’indépendance des États-Unis sert de base à cette 11e Exposition universelle de l’histoire, établie dans le parc de Fairmount, dans la banlieue nord-ouest de Philadelphie. Le Luxembourg, emmené par le banquier et député François Berger, y est pour promouvoir, notamment, son industrie gantière (avec Auguste Charles et Gabriel Mayer). La Société des mines de Luxembourg et des forges de Burbach (ancêtre de l’Arbed) fait aussi partie du casting de cette Centennial Exhibition. Le pays doit une nouvelle fois se battre pour faire valoir son indépendance, les organisateurs voulant initialement le classer avec les Pays-Bas…


Paris (12), 1878


C’est encore au Champ-de-Mars que le Luxembourg pose ses valises, toujours sous la houlette de Tony Dutreux. Il occupe un pavillon partagé avec d’autres «petits États d’Europe» (Monaco, Andorre et Saint-Marin) et dont la façade reproduit un pan de celle de la résidence du prince Henri des Pays-Bas (l’actuel Palais grand-ducal). Si Villeroy & Boch occupe à lui seul un salon entier, c’est une facette plus inattendue du Grand-Duché qui est mis à l’honneur: son système éducatif. «Nulle part l’instruction primaire n’est l’objet de soins plus attentifs», peut-on lire dans la presse locale.


Anvers (15), 1885


C’est sur un petit terrain de 22ha, le long de l’Escaut, que la Belgique accueille sa première Exposition universelle. Sous la direction d’Antoine Pescatore, vice-président de la Chambre de commerce, le Luxembourg y occupe un stand de 600m2, agrémenté d’un jardin de 1.000m2, où sont présents 48 exposants. La façade du pavillon met en exergue les activités minières et sidérurgiques, mais aussi l’agriculture, les deux piliers forts de l’économie de l’époque. «Ce petit pays neutre, libre, resserré dans son territoire, fait rayonner sur le globe sa face intelligente d’action», écrivent René Cornely et Pierre Mussely dans un ouvrage consacré à l’événement.


Paris (17), 1889


Cent ans après la Révolution française, Paris accueille, au pied de sa tour Eiffel spécialement érigée pour l’occasion, la quasi-totalité des États européens pourtant majoritairement monarchiques! Leur présence est alors non officielle. Les 40 représentants luxembourgeois, emmenés par Tony Dutreux, se répartissent sur trois sites entre Champ-de-Mars (dans un pavillon de 208m2 conçu par l’architecte Alfred Vaudoyer entre les stands de la Roumanie et de la Norvège), colline de Chaillot et esplanade des Invalides. Les P&T y présentent un plan du duché avec tous les poteaux, les stations télégraphiques et téléphoniques reliés par des fils…


Bruxelles (23), 1897


Après avoir laissé «passer» les cinq Expositions universelles précédentes, le Luxembourg revient sur la scène à Bruxelles, mais plutôt modestement: seuls 24 exposants font le déplacement dans le bâtiment nord du palais du Cinquantenaire. Les fonctions de commissaire sont occupées par le comte Amaury d’Ansembourg, alors chargé d’affaires du Luxembourg à Bruxelles. Les usines sidérurgiques de Dudelange constituent la pièce maîtresse du pavillon grand-ducal. Elles y présentent «dans la forme d’une élégante pyramide ses fontes, ses fers et ses aciers bruts et travaillés».


Paris (24), 1900


Pour la première fois, le Luxembourg dispose d’un pavillon indépendant, érigé sur un terrain de 40x10m sur le quai d’Orsay. Une nouvelle fois confié par le commissaire général Tony Dutreux à l’architecte Alfred Vaudoyer, le bâtiment de style néo-renaissance s’inspire du Palais grand-ducal et du château du comte de Mansfeld à Clausen. Mais en raison de problèmes avec les tarifs douaniers, bon nombre d’industries luxembourgeoises manquent à l’appel. «Les nationaux luxembourgeois sont arrivés, à force de travail, à se créer une ‘marque’ distinctive sur les marchés internationaux», écrit néanmoins le publiciste Paul Gers dans son livre-souvenir de l’événement.


Liège (26), 1905


Pour cette Exposition commémorant le 75e anniversaire de l’indépendance de la Belgique, le commissaire général Maurice Pescatore, directeur de la faïencerie de Septfontaines, réunit pas moins de 103 exposants luxembourgeois, parmi lesquels 42 vignerons et 22 exploitants de carrières. Paradoxalement, pratiquement aucun des géants de la métallurgie et de la sidérurgie, détenus par des capitaux allemands, ne fait le déplacement dans ce qui est l’un des poumons de la sidérurgie belge. Henri Tudor, l’inventeur des accumulateurs, y présente des Energy-cars, ou locomobiles benzo-électriques…


Bruxelles (28), 1910


Sur les terrains de Solbosch, siège, aujourd’hui, de l’ULB, cette Exposition est perturbée par un gigantesque incendie qui ravage une partie des bâtiments dans la nuit du 14 au 15 août. Le pavillon luxembourgeois (500m2dans les halles industrielles et 400 m2 dans les jardins) est épargné. Le commissaire général, l’industriel Léon Metz (maître des forges et président de la Chambre de commerce), pilote une délégation de 81 exposants, dont 14 sont actifs dans le l’économie sociale, l’hygiène et la bienfaisance. Les plans de la nouvelle gare de Luxembourg-Ville, qui sera achevée trois ans plus tard, y sont présentés.


Gand (31), 1913


Déjà sollicités à trois reprises depuis 1900, les professionnels luxembourgeois ne sont guère enthousiastes à l’idée de se rendre pour la première (et dernière) Exposition organisée dans la Cité des Comtes. Aucune délégation officielle n’est donc présente, seuls quatre exposants sont finalement venus de manière officieuse: les rosiéristes Thill & Fils d’Ettelbruck (qui rafleront neuf premiers ou deuxièmes prix sur un total de 11 attribués) et Ketten Frères; le négociant en vin Mich de Wasserbillig et le peintre en bâtiment Jos Threinen de Redange/Attert (médaillé d’argent).


Chicago (36), 1933-34


Au plus fort de la Grande Dépression, le choix de Chicago n’est pas anodin, alors que la ville fête son centenaire. La présence luxembourgeoise, au cœur d’un pavillon thématique «Voyages et transports» donne surtout l’occasion au pays de promouvoir, pour la première fois, sa place financière, dans le sillage de la création, en 1929, de la Bourse de Luxembourg et de la loi sur les sociétés holdings. La Bil et la Société Générale alsacienne de banque (ancêtre de Société Générale Bank & Trust) sont présentes, avec notamment le soutien du ministre des Finances Pierre Dupong.


Bruxelles (37), 1935


Sans les États-Unis, l’Allemagne et l’URSS, l’Expo bruxelloise n’en est pas moins la plus importante en Europe depuis 1900. La délégation luxembourgeoise, la plus importante alors jamais composée, s’illustre tout d’abord par le majestueux bâtiment de 2.100m2 conçu par Georges Traus et Gilbert Wolff, à deux pas de l’entrée principale du site. La volonté est d’afficher «une participation vraiment nationale (…) digne et représentative du pays tout entier» selon le commissaire Arthur Kipgen, directeur général adjoint d’Arbed.


Paris (38), 1937


C’est la dernière Exposition universelle d’avant-guerre en Europe. Le commissaire Léon Laval place la participation du Luxembourg sous le signe d’une indépendance (alors que la menace germanique va grandissant) teintée de francophilie. L’architecte Nicolas Schmit-Noesen conçoit un pavillon moderne de près de 1.000m2, un des plus artistiquement aboutis dans l’histoire des sites luxembourgeois. Le «standing culturel» du pays y est exposé et le premier film sonore luxembourgeois, «Il est un petit pays», est produit à cette occasion.


New York (39), 1939-40


Organisée en deux parties (avril-octobre 1939, puis mai-octobre 1940), cette World’s Fair marque par son gigantisme et sa cérémonie d’ouverture retransmise pour la première fois à la télévision. Privé de la présence des industries métallurgiques et sidérurgiques, davantage préoccupé par l’imminence de la Deuxième Guerre mondiale, le Luxembourg est même à deux doigts de renoncer à participer à l’événement. Mais Michel Stoffel, le président du cercle artistique du Luxembourg, parvient à convaincre le gouvernement du bien-fondé d’une telle présence finalement embellie par deux immenses fresques décoratives historiques de 167m2.


Bruxelles (41), 1958


Au pied de l’Atomium, spécialement érigé pour l’occasion, cette première Expo universelle de l’après-guerre en Europe permet au Luxembourg de se présenter en tant qu’un des plus grands producteurs d’acier au monde. Le choix de Guillaume Konsbruck, directeur général adjoint de l’Arbed, en tant que commissaire général n’en est que plus logique. Sur 4.200m2, le pays expose notamment quelques grands projets d’infrastructures, en particulier l’aménagement futur du plateau de Kirchberg relié à la ville par un pont à construire, et les prémices d’une future «cité européenne» plaçant le Luxembourg au cœur d’une CEE créée quelques mois plus tôt.


Seattle (42), 1962


C’est dans le cadre d’une participation collective de la Communauté économique européenne (créée en 1957) que le Luxembourg fait le voyage pour cette Century 21 Exposition, qui s’étend au pied de la futuriste tour Space Needle de 184 mètres et son restaurant panoramique. L’histoire de la CEE, ses objectifs et son organisation y sont présentés, ainsi que quelques-uns de ses principaux programmes culturels et industriels.


Séville (46), 1992


Après 30 ans d’absence, le pays renoue avec sa participation aux Expositions universelles. «Donner l’image positive d’un pays moderne, ouvert sur le monde, engagé dans la construction européenne»: tel est l’objectif de la présence luxembourgeoise pilotée par l’ancien ministre Jean Hamilius. Dans un bâtiment cubique de verre et d’acier conçu par les architectes Fritsch et Paczowski, l’informatique et l’audiovisuel servent de support à la présentation des atouts du Grand-Duché. SES, Arbed, RTL, mais aussi l’ABBL, portent haut, et en couleur, l’étendard luxembourgeois.


Hanovre (47), 2000


Cette dernière Expo universelle du 20e siècle est la première organisée en Allemagne. Tout comme en 1992, le Luxembourg, sous la direction de l’ancien ministre Johnny Lahure, met l’accent sur les nouvelles technologies, avec le soutien de SES qui finance à 40% le stand «Luxembourg connects People – Planet Astra» réalisé par l’architecte Christian Bauer. Tour du monde virtuel en cinéma dynamique 3D; vidéos de promotion du dynamisme multiculturel et économique du pays; terrasse multimédia avec 43 ordinateurs aux contenus diversifiés… pas moins d’un million de visiteurs seront recensés sur le site.


Shanghai (48), 2010


La Gëlle Fra est du voyage pour cette première vraie Exposition universelle en Chine. Le pavillon réalisé par François Valentiny est l’un des plus remarqués de l’événement: visité par plus de 7 millions de personnes, il a même été conservé en l’état et déménagé sur un autre site chinois après l’événement. De quoi satisfaire grandement l’ancien ministre de l’Économie, Robert Goebbels, commissaire général d’une exposition où l’audiovisuel tient une part toujours plus grande dans la présentation des atouts économiques et naturels du pays.


(article publié sur www.paperjam.lu)

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