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Fossoyeurs et vrai malaise


Portée en 2012 par les commandes d'un État engagé dans des grands chantiers d’infrastructure d’intérêt national, l’activité des acteurs du BTP se trouve de nouveau ralentie en 2013. La conjoncture y est pour beaucoup, mais la classe politique, à force de creuser des fossés entre elle et les citoyens, pourrait bien se voir aussi reprocher de pratiquer de la concurrence déloyale.


Si l’affaire Livange/Wickrange ne fait plus, aujourd’hui, la une de l’actualité, elle a largement contribué à poser les fondations d’un profond sentiment de défiance vis-à-vis des gouvernants de ce pays. Et depuis, les raisons de la colère se ramassent à la pelle.


Les incroyables révélations autour des travaux de la commission parlementaire sur les services de renseignements de l’État (SREL) renforcent un peu plus, chaque jour, la chape de malaise. Entre ceux qui savaient et qui n’ont rien dit, ceux qui auraient dû savoir et ceux qui savaient que certains savaient et qui ne se sont pas gênés pour le dire, le scénario ressemble de plus en plus à une mauvaise série Z.


Le bouquet? La gestion de la communication autour de la nomination de François Biltgen en tant que candidat à la fonction de juge auprès de la Cour de justice de l’Union européenne. Fin mars, Jean-Claude Juncker excluait tout remaniement ministériel, arguant qu’un tel acte «est fait à un moment où personne ne s’en doute pour le bien du pays».


Moins d’un mois plus tard, le ministre de la Justice, de la Fonction publique et de la Réforme administrative, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, des Communications et des Médias et des Cultes (ne rayer aucune mention inutile) est adoubé par le gouvernement pour postuler au sein de l’institution européenne.


Difficile d’imaginer que, fin mars, le Premier ministre n’était pas informé de la volonté de François Biltgen de postuler à la fonction libérée par Jean-Jacques Kasel une semaine plus tôt. Difficile de ne pas rire jaune devant le grand jeu de dupes qui a suivi, cette farce où les dindons ont été tous les autres postulants à ce siège luxembourgeois de la CJUE, tant les dés ont semblé être pipés.


Du fossé à la tombe, il peut suffire, parfois, que d’un seul coup de pelle de trop.

De pipé à pipeau, la différence peut parfois tenir en quelques lettres, qu'elles soient de démission ou autre. On est en tout état de cause davantage dans la négociation de gré à gré que dans la soumission publique transparente et équitable.


François Biltgen aurait-il pris le risque de démissionner de l’ensemble de ses responsabilités sans avoir des garanties quant à la suite de sa carrière, laissant donc supposer que la place lui était acquise d’avance? On peut légitimement en douter.


Plus le monde politique est à la recherche d’un minimum de moralisation (et on ne parle même pas de dérives «individuelles» comme dans le cas du ministre français Jérôme Cahuzac), et plus les sources de démoralisation de l’opinion semblent se succéder. Et plus l’impression de malaise grandit, proportionnellement à ce trou qui se creuse.


La perspective des prochaines élections, dans un peu plus d’un an, n’est pas de nature à se rassurer quant à la suite du chantier. La période sera, une nouvelle fois, propice à déterrer des vieux dossiers et à porter des coups dont la hauteur ne risque sans doute pas d’élever les débats.


Tout l’art du jeu politique consistera alors à savoir jusqu’où il ne faudra pas creuser trop loin. Du fossé à la tombe, il peut suffire, parfois, que d’un seul coup de pelle de trop.




(article publié sur le site de Paperjam)

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