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Être innovant ou ne plus être


Que ce soit pour les grandes entreprises multinationales ou les PME locales, l’innovation est une nécessité pour rester compétitif et envisager de nouveaux débouchés. Au Luxembourg, acteurs publics et privés travaillent de concert pour porter au plus haut les démarches innovantes. Mais si beaucoup a déjà été fait, il y a encore de la place pour développer de nouveaux modèles et de nouvelles idées créatrices de valeur.


Des milliers de tonnes d’acier «made in Luxembourg» (qu’on ne peut trouver nulle part ailleurs dans le monde) dans les entrailles du One World Trade Center de New York ou dans celles de la tour Burj Khalifa de Dubaï ; de nouveaux procédés de production de peintures non plus à base de produits pétroliers, mais dorénavant d’huiles végétales, pour s’attaquer à de nouveaux marchés... Deux exemples parmi des centaines qui montrent – s’il en était besoin – combien le fait d’innover permet aux entreprises, qu’elles soient multinationales (comme ArcelorMittal) ou à l’échelle nationale (comme Peintures Robin), de tirer leur épingle du jeu dans des environnements économiques de plus en plus concurrentiels.


Loin de l’avis de l’écrivain français du 19 siècle Gustave Flaubert, qui considérait l’innovation com me étant «toujours dangereuse», innover apparaît plus que jamais comme une notion­clé de la réussite d’une entreprise, y compris de petite taille. Car contraire­ment aux idées reçues, cette démarche n’est en rien l’apanage des seules grosses entreprises, aux moyens financiers et humains conséquents et dotées de laboratoires de recherche hyper sophistiqués ou modernes. Ce qui tombe plutôt bien pour un pays comme le Luxembourg, dont le tissu économique est très largement com­ posé de structures de petite taille.


Du reste, dans la récente étude Nextgeneration family businesses réalisée au printemps 2016 dans 19 pays (Europe, Moyen­Orient et Afrique) par le cabinet Deloitte auprès d’une centaine de représentants d’entreprises familiales s’apprêtant à prendre la direction des opérations, l’innovation figure dans le top 3 des priorités pour 76% des répondants.


Le terme «innovation» n’apparaît pas moins de 29 fois dans le programme gouvernemental de l’actuelle coalition en place depuis décembre 2013 (il était déjà mentionné 26 fois dans celui du gouvernement précédent, en 2009). «L’avenir du Luxembourg se construit dans les niches de compétences, la ‘matière grise’ constituant désormais sa première ‘ressource naturelle’», est-il indiqué dans le document.


L’exécutif entend veiller – conjointement avec tous les partenaires du secteur de la recherche au Luxembourg – à ce que la politique de la recherche et de l’innovation soit menée dans le respect de deux objectifs majeurs: contribuer à la création de richesse économique en stimulant la compétitivité et la croissance par le biais de l’innovation; mais aussi contribuer à solutionner des problèmes de société actuels (éducation, intégration et cohésion sociale, préservation de l’environnement naturel et humain...).


INNOVER AUSSI DANS L’ORGANISATION OU LES PROCÉDÉS

Par «innovation», le législateur luxembourgeois entend «toute nouveauté sous forme de produit, de service, de procédé, de méthode ou d’organisation, qui résulte de la mise en application d’idées nouvelles ou d’efforts de recherche-développement». Mais il ne néglige pas non plus «l’innovation d’organisation» (qui suppose la mise en œuvre d’une nouvelle méthode organisationnelle dans les pratiques commerciales, l’organisation du lieu de travail ou les relations extérieures de l’entreprise), ni «l’innovation de procédé» (liée à la mise en œuvre d’une méthode de production ou de distribution nouvelle ou sensiblement améliorée, cette notion impliquant alors des changements significatifs d’ordre technique, matériel ou logiciel).


Ces définitions figurent dans le texte de la très récente loi datée du 17 mai 2017, encadrant les régimes d’aides à la recherche, au développement et à l’innovation. Ce texte a succédé à celui qui datait de 2009 et qui constituait, jusqu’alors, la référence en la matière.


Cette nouvelle loi de 2017 vise notamment trois objectifs précis: l’encouragement des partenariats entre entreprises du secteur privé et laboratoires de recherche publics (via le renouvellement d’incitatifs tels que la majoration des taux maxima d’aide applicables en cas de collaboration pour des projets de recherche et développement (R&D)) ; le soutien à la constitution de capacités d’innovation de pointe dans les domaines d’excellence du Luxembourg, avec un accent particulier porté sur la mise en place d’infrastructures de recherche communes publiques-privées ; et enfin la simplification de l’accès aux aides, dans le cadre de l’effort poursuivi dans ce but par le gouvernement.


Ainsi, il s’agit, selon les ambitions exprimées par le législateur luxembourgeois, d’accroître la dépense de R&D des entreprises privées pour la porter de 0,71% du PIB (selon des données prévisionnelles publiées par Eurostat en 2013) à un minimum de 1,4% du PIB à l’horizon 2020 avec un objectif intermédiaire à 1,1% pour cette année 2017. Parallèlement, le législateur souhaite que soit doublé le nombre de projets collaboratifs impliquant une entreprise et un organisme de recherche public. D’une dizaine recensées en moyenne chaque année, pour la période 2011-2013, l’objectif est d’atteindre la vingtaine de collaborations de R&D d’ici à 2020.


DES DÉPENSES POUR LA RECHERCHE MULTIPLIÉES PAR 12 DEPUIS 2000

Ces visées, pour le moins ambitieuses, s’inscrivent dans la stratégie de coordination des politiques économiques, «Europe 2020», qui a succédé en 2010 à la stratégie de Lisbonne, établie 10 ans plus tôt. Déployée par l’Union européenne, cette stratégie «Europe 2020» est conçue pour améliorer la croissance et l’emploi, en misant sur «une croissance intelligente, durable et inclusive comme moyen de surmonter les faiblesses structurelles de l’économie européenne, d’en améliorer la compétitivité et la productivité et de jeter les bases d’une économie sociale de marché durable».


En ligne de mire: des objectifs chiffrés très précis en matière d’emploi, de politique énergétique, d’éducation, de pauvreté et d’exclusion ou encore de R&D. Sur ce dernier volet, Bruxelles a placé le curseur très haut: faire en sorte que 3% du PIB de l’UE soient investis dans la recherche et le développement. Au dernier pointage, en 2015, le taux mesuré était d’un peu plus de 2%.


La barre que s’est fixée le Luxembourg est un peu moins élevée que le niveau européen moyen: le pays, dans son propre plan «Luxembourg 2020», vise un niveau d’investissement compris entre 2,3% et 2,6% du PIB, dont un tiers doit être apporté par le secteur public. Or, en 2015, ce niveau d’investissement «global» n’était que de 1,31% du PIB, plaçant le Luxembourg en 16e position au sein de l’UE.


Pourtant, en 2015, le montant des dépenses intérieures de R&D a atteint la barre des 670 millions d’euros, ce qui représente une hausse moyenne annuelle de 4,2% depuis 2000. Sur cette période, la croissance des dépenses pour la recherche publique a été multipliée par 12, passant de 28 à 329 millions d’euros.


Mais cela ne suffit pas pour obtenir des chiffres d’ensemble satisfaisants. Les dépenses du secteur public s’élèvent ainsi à 0,64% du PIB (contre 0,71% dans l’Union européenne), tandis que les dépenses privées plafonnent à 0,67% du PIB (contre 1,3% pour la moyenne de l’UE).


Par ailleurs, comme le rappelle la Fondation IDEA dans son «Idée du mois n°18» parue en septembre dernier et consacrée à la RDI (recherche, développement et innovation), la part des personnels de R&D (5.600 personnes) dans l’emploi total au Luxembourg (1,49%) est également inférieure à la moyenne européenne (1,97%).


«Le gouvernement maintient son objectif à long terme de porter les dépenses publiques en faveur de la recherche à l’équivalent de 1% du PIB», affirme pourtant le programme gouvernemental de décembre 2013. «Les contrats de performance conclus ou à conclure avec les bénéficiaires garantiront un emploi efficace et ciblé des fonds mis à disposition par l’État. Le gouvernement ajustera l’interface entre les instruments de financement de la recherche publique et de la recherche privée, afin de promouvoir des projets et programmes de recherche et d’innovation en soutien des différents secteurs prioritaires de l’économie.»


LE LUXEMBOURG, BON ÉLÈVE EUROPÉEN

Est-ce à dire que la situation est désespérément catastrophique au Grand-Duché, les objectifs d’»Europe 2020» étant manifestement hors de portée ? Pas nécessairement.


En premier lieu parce que les statistiques ne reflètent pas forcément une image fidèle de la réalité du terrain et qu’elles peuvent, en fonction des paramètres retenus, montrer tout autre chose. Par exemple, rapportée au seul secteur de l’industrie, l’intensité des dépenses de R&D est loin d’être négligeable au Luxembourg, puisqu’elle représentait, en 2013, 7,2% de la valeur ajoutée industrielle, positionnant le pays à la 5e place au sein de l’UE28 (où la moyenne se situe à 5,6%).


En outre, les entreprises luxembourgeoises, souvent intégrées dans de grands groupes internationaux, sont tout à fait susceptibles de se montrer innovantes et créatives, tout en bénéficiant de résultats de travaux de R&D menés en dehors des frontières et, de fait, n’apparaissant pas dans les statistiques nationales.


Du reste, si innovation et R&D sont naturellement très proches, elles ne sont pas pour autant exclusivement liées l’une à l’autre. L’innovation est, certes, bien souvent, le fruit des efforts en matière de recherche et développement, mais elle peut aussi s’exprimer et se développer en suivant d’autres voies.


Cela explique pourquoi le Luxembourg, classé si modestement parmi ses pairs européens en matière de R&D, se trouve en bien meilleure posture dès qu’il s’agit de se concentrer sur les seuls aspects liés à l’innovation. Plusieurs indicateurs le démontrent.


Ainsi, selon les dernières données disponibles auprès de l’office européen de statistiques Eurostat, le Luxembourg fait partie des meilleurs élèves en matière d’innovation: les proportions les plus élevées d’entreprises innovantes recensées au sein de l’Union européenne au cours de la période 2012–2014 ont en effet été enregistrées en Allemagne (67% de toutes les entreprises), au Luxembourg (65,1%) et en Belgique (64,2%). Sont concernées les entreprises du secteur marchand de plus de 10 salariés, soit 1.750 entreprises au Grand-Duché parmi lesquelles 1.140 ont introduit, entre 2012 et 2014, des innovations en termes de produits, de procédés, de marketing ou d’organisation.


À l’échelle européenne, près de la moitié (49,1%) des entreprises a indiqué avoir mené l’une ou l’autre forme d’activité d’innovation au cours de la période 2012–2014.


En juin 2017, dans la dernière édition du Tableau de bord européen de l’innovation publiée par la Commission européenne, le Luxembourg figure également en plutôt bonne position. Derrière un groupe de sept pays considérés comme étant les plus innovants (Suisse, Suède, Danemark, Finlande, Pays-Bas, Grande-Bretagne et Allemagne), le Luxembourg pointe parmi les «leaders» du deuxième peloton, celui des «innovateurs notables».


Dans les «forces» identifiées par la Commission européenne figurent la qualité du capital intellectuel et l’attractivité du système de recherche (deux critères pour lesquels le Luxembourg s’affiche au premier rang sur les 28 pays de l’UE couverts par le tableau de bord), mais aussi un environnement jugé favorable à l’innovation (4e position). A contrario, la faiblesse des mécanismes de financement et de soutien (16e), la hauteur des investissements des entreprises (17e) et surtout le maigre niveau de coopération entre acteurs privés et publics (20e) sont pointés du doigt.


UN ÉCOSYSTÈME BIEN CONSOLIDÉ

Peut-être le pays souffre-t-il, en la circonstance, de la relative jeunesse de son système de recherche publique. La création de l’agence nationale pour la promotion de l’innovation et de la recherche, Luxinnovation, ne date que de 1984, alors que la première loi-cadre de la recherche a fêté, le 9 mars dernier, ses 30 ans.


Il faut ensuite attendre la mise en place du gouvernement Juncker (CSV)-Polfer (DP) en août 1999 pour que soit nommé le tout premier ministre de la Recherche de l’Histoire du Luxembourg. Il s’agissait d’Erna Hennicot-Schoepges, à la tête du ministère de la Culture, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. C’est aussi cette même année qu’est créé le Fonds national de la recherche (FNR).


Au fil des ans, heureusement, le pays a largement compensé cette situation et rattrapé le temps, au point que l’Organisation de coopération et de développement économiques (l’OCDE) a, en 2015, mis en avant les efforts déployés au cours des dernières années par le Luxembourg, afin de rendre plus performant son système national de recherche-innovation.


Aujourd’hui, la cartographie des acteurs de l’innovation est, forcément, très protéiforme. Historiquement, le système national de recherche-innovation s’est d’abord construit avec l’arrivée de groupes multinationaux qui ont développé sur le territoire du pays des activités de recherche et développement.


Certes, quelques grandes avancées technologiques majeures avaient déjà marqué l’Histoire du Luxembourg et parfois même bien avant l’avènement du 20e siècle. C’est en 1881, par exemple, que dans le village de Rosport, le long de la frontière allemande, un ingénieur luxembourgeois, Henri Tudor, invente la batterie de stockage au plomb selon une technique qui, aujourd’hui encore, constitue un des standards technologiques dans l’industrie mondiale des accumulateurs électriques. C’est aussi à la fin du 19e siècle que les premiers procédés innovants dans la sidérurgie sont développés, ce secteur d’activité ayant du reste, au fil des ans, suscité un bouillonnement d’idées quasi perpétuel.


La découverte par les ingénieurs anglais Sidney G. Thomas et Percy Gilchrist d’un procédé révolutionnaire (baptisé procédé Thomas) en 1879 marque notamment une étape décisive dans l’émergence de l’activité sidérurgique au Luxembourg. Car moins d’un mois après la première démonstration grandeur nature de cette nouvelle technique permettant la conversion en acier des fontes dites «phosphoreuses», deux ingénieurs luxembourgeois se sont rendus en Grande-Bretagne pour négocier – et obtenir – l’acquisition d’une licence d’exploitation.


Non seulement ce pilier de l’économie nationale tire très vite les bénéfices de cette innovation, mais il en va de même pour le secteur de... l’agriculture. Car les scories Thomas, une fois broyées, s’avèrent être un engrais considéré comme le meilleur du monde, abondant et bon marché. Sur un peu moins d’un siècle, l’industrie du fer a ainsi approvisionné les 120.000 ha de terres cultivées du Grand-Duché avec 25.000 à 30.000 tonnes par an d’engrais phosphatés. Dans aucun autre pays au monde, l’agriculture n’a ainsi été autant dépendante ni autant bénéficié de la sidérurgie.


Si aucune autre «invention» n’a eu un tel rayonnement dans l’industrie du fer, nombreuses ont néanmoins été celles qui ont toujours porté le secteur au plus haut. On peut citer, par exemple, le procédé de fabrication d’acier à l’oxygène mis au point à la fin des années 50 par Paul Metz, un des arrière-petits-fils d’Auguste Metz, le fondateur, en 1838, de la société en commandite Auguste Metz et Cie, qui devint, par regroupements successifs, l’Arbed en 1911.


La sidérurgie n’est évidemment pas la seule industrie à avoir porté l’innovation au plus haut niveau. Mais c’est surtout au lendemain de la Seconde Guerre mondiale que les choses se sont accélérées, avec l’arrivée du géant américain Goodyear. Dès 1949, le manufacturier de pneumatiques établit sa première usine sur le site des anciennes forges de Colmar-Berg. Il y développa, dans la décennie suivante, un centre technique et un centre d’innovation qui, aujourd’hui encore, lui permettent de rester à la pointe dans son domaine. La toute récente annonce, à la fin de l’été 2017, d’un investissement de 95 millions de dollars (environ 80 millions d’euros) pour la construction à Dudelange d’une usine ultramoderne, dite «4.0», hautement automatisée, s’inscrit largement dans la continuité.


D’autres groupes internationaux majeurs ont fait du Luxembourg leur plateforme de développement et d’innovation: des capteurs automobiles et accessoires de sécurité produits par IEE à Contern jusqu’aux tenues de protection ultrasophistiquées développées par DuPont, également à Contern, en passant par les milliards de billes d’écriture pour stylos fabriquées en carbure de tungstène par Ceratizit à Mamer, qui représentent aujourd’hui 45% du marché mondial...


Au cours des quatre dernières décennies, le système de recherche et d’innovation s’est donc solidement structuré avec la mise en place progressive des acteurs publics venus compléter et accompagner les initiatives privées déjà bien ancrées. C’est en juin 1981 que commence vraiment la politique de soutien à l’innovation et à la recherche, avec la décision du gouvernement d’arrêter une stratégie de stimulation et de cofinancement de la R&D des entreprises industrielles et de prestation de services luxembourgeoises.


Moins de deux années plus tard, la Société nationale de crédit et d’investissement (SNCI) introduit la formule du prêt à l’innovation parmi ses outils d’aide aux entreprises. Entre-temps, la Fédération des industriels luxembourgeois (FEDIL) lance, dès 1982, un Prix de l’innovation industrielle, remis tous les deux ans.


La création en 1984 de Luxinnovation, l’agence nationale pour la promotion de l’innovation et de la recherche, constitue la première pierre de l’édifice national de soutien de la politique de recherche, développement et innovation. Trois ans plus tard, la loi du 9 mars 1987 constitue une autre étape-clé, puisqu’elle organise à la fois la recherche et le développement technologique dans le secteur public, et le transfert de technologie et la coopération scientifique et technologique entre les entreprises privées et le secteur public. Elle jette notamment les bases pour la création de quatre centres de recherche


publics: le CRP Henri Tudor pour le domaine de l’ingénierie industrielle, environnementale et informatique ; le CRP Gabriel Lippmann pour celui des sciences naturelles, des biotechnologies, des matériaux, du droit, de l’économie et des technologies de l’information, de communication et d’organisation ; le CRP-Santé pour... la santé (créé en 1988) et enfin le CEPS/Instead (créé en 1989) pour tout ce qui touche aux études socio-économiques.


L’avènement, en 2003, de l’Université du Luxembourg, marque évidemment un autre tournant important dans le développement de l’écosystème, avec l’apport du maillon manquant: celui de la recherche fondamentale. La même année, le centre d’entreprise et d’innovation Ecostart est créé à Foetz, rejoignant dans le paysage le Technoport Schlassgoart, le tout premier incubateur d’entreprises, centre d’accueil et d’innovation créé en 1998 dans le giron du CRP Henri Tudor.


Depuis, toute cette organisation a largement été remodelée pour répondre davantage aux évolutions des marchés et aux actions des uns et des autres. Dans ce contexte, l’année 2015 est, assurément, un grand cru, avec la création du Luxembourg Institute of Science and Technology (LIST), né de la fusion des CRP Henri Tudor et Gabriel Lippmann ; la création du Luxembourg Institute of Health (LIH), regroupant le CRP-Santé et l’Integrated BioBank of Luxembourg (IBBL), et la redéfinition des missions du CEPS/ Instead, devenu le Luxembourg Institute of SocioEconomic Research (LISER).


Cette même année 2015, les acteurs majeurs de la recherche et de l’innovation – le LIST, l’Université du Luxembourg, le FNR et Luxinnovation – ont pris leurs quartiers au sein de la Cité des sciences, de la recherche et de l’innovation à Esch-Belval, dans le but d’améliorer les synergies et de (re)créer une émulation propice au développement de nouvelles idées au cœur d’un véritable «campus» dans lequel, dès 2012, le «nouveau Technoport» (regroupant les activités du Technoport Schlassgoart et des centres d’entreprise et d’innovation Ecostart) avait démarré ses activités. Il abrite aujourd’hui une quarantaine de startups et centres d’innovation et de recherche d’entreprises étrangères.


INNOVATION À TOUS LES ÉTAGES

Dans leur politique de diversification de l’économie, tout comme dans leurs efforts de promotion et de soutien, les gouvernements luxembourgeois successifs ont ciblé quelques grands secteurs d’activité, sources d’innovation et de développement pérennes. Le secteur automobile, porté par des entreprises-clés telles que Goodyear, Delphi, Elth ou encore IEE, est peut-être le plus «visible», mais il est loin d’être le seul.


Les sciences et technologies de la santé (en particulier dans les domaines de la médecine personnalisée, du diagnostic, de la bio-informatique ou encore de l’informatique médicale) ; les cleantech (développement des énergies renouvelables, gestion des déchets, traitement des eaux, écoconstruction... le tout dans une approche «circulaire» visant notamment à faire des déchets potentiels autant de sources de production) ou encore le secteur spatial.


Ce dernier secteur est, du reste, très en vogue actuellement. Initiée et portée par le ministre de l’Économie, Étienne Schneider, la formidable odyssée du space mining illustre parfaitement la capacité du pays à innover par anticipation: en créant le premier cadre juridique relatif à l’exploitation des futures ressources extraites directement des objets célestes, le Luxembourg a endossé un costume sur mesure de pionnier qui lui va à merveille. L’initiative Spaceresources.lu, soutenue et accompagnée notamment par l’agence spatiale américaine (Nasa) et l’agence spatiale européenne (ESA), offre au Grand-Duché une visibilité nouvelle qui ne manque pas de détonner.


Si Étienne Schneider répète à l’envi que le Luxembourg occupe désormais plus de place dans l’espace que sur terre, il ne faut évidemment pas oublier que les secteurs plus «traditionnels» ne sont pas en reste: la finance, avec le développement de solutions de commerce et de paiement électroniques ou l’émergence des fintech ; la logistique et ses solutions innovantes pour le transport multimodal ou la logistique verte ; ou encore le manufacturing dans le champ des matériaux composites et multifonctionnels, des nanomatériaux ou bien des technologies de production hautement personnalisées.


Le tout avec le support transversal des technologies de l’information et de la communication, un autre domaine dans lequel excelle l’expertise luxembourgeoise, notamment en matière de cybersécurité, de protection des données ou de gestion et d’exploitation des «mégadonnées».


C’est, par exemple, au Luxembourg, que sera implanté, dès 2018, le futur super-calculateur européen HPC (High Performance Computer) d’une puissance lui permettant de réaliser un million de milliards d’opérations par seconde au bénéfice de l’industrie 4.0. Ce projet, qui «pèse» plus de 5 milliards d’euros, prévoit qu’en 2023 les super-calculateurs, que l’Allemagne, l’Espagne, la France, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas et le Portugal se sont engagés à construire sur leur territoire, seront directement connectés entre eux. Il s’agit du dossier le plus éminemment stratégique jamais envisagé par la Commission européenne depuis l’avènement du consortium aéronautique Airbus.


Le HPC servira aussi activement dans le cadre de la mise en œuvre d’un autre programme-cadre européen, «Horizon 2020», dédié à la recherche et à l’innovation. Il propose aux entreprises innovantes et aux organismes de recherche des facilités pour participer à des projets internationaux de RDI cofinancés par l’UE. Pour la période 2014-2020, le budget alloué est de plus de 80 milliards d’euros.


Selon les chiffres fournis par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche dans son rapport annuel 2016, depuis le lancement du programme «Horizon 2020», pas moins de 64 organismes luxembourgeois ont participé à 141 projets et obtenu un financement total de 43,19 millions d’euros, dont 33 nouveaux projets, à hauteur de 12,9 millions d’euros, pour les seuls neuf premiers mois de 2016.


L’Université du Luxembourg (68 projets soumis, dont 8 retenus), le LIST, Goodyear, ArcelorMittal ou encore Creos (la société propriétaire et gestionnaire des principaux réseaux d’électricité et de conduites de gaz naturel au Luxembourg) sont parmi les plus grands bénéficiaires grands bénéficiaires, mais de petites entités telles que la startup MyScienceWork (qui développe la première plateforme scientifique numérique en mode open access, compilant plus de 30 millions de publications scientifiques à destination notamment des institutions de recherche) sont également impliquées.

D’après le ministère, près d’un quart (21%) du financement obtenu par les acteurs luxembourgeois depuis 2014 est d’ailleurs à mettre au crédit des PME.


Le taux de réussite luxembourgeois est de 15,96%, ce qui place le Luxembourg au 4e rang parmi les pays participant au programme «Horizon 2020». Une preuve supplémentaire que le pays n’a pas à rougir de la situation qui est la sienne et que son positionnement en matière de recherche et d’innovation ne manque pas d’une certaine pertinence.


Ce qui tombe plutôt bien: engagés depuis un an dans le processus Rifkin de Troisième Révolution Industrielle, les acteurs économiques, publics et privés, font de «l’économie de l’innovation» l’un des piliers de l’action visant à assurer la transition du pays vers un modèle économique durable. La révolution est en marche et rien ne pourra l’arrêter...


(Article Publié dans "Merkur" Janvier/Février 2018)

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