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Savoir se dépasser


Au cœur des Jeux olympiques, le dépassement de soi constitue une valeur forte. Celle qui pousse tout sportif, aussi modeste soit-il, à aller au-delà de ce qu’il a coutume de faire. Pour la beauté de la médaille, parfois. Pour la beauté du geste, souvent. Pour aller toujours plus vite, toujours plus haut et être toujours plus fort, comme le préconise la devise olympique. Pour se conforter dans l’idée que l’essentiel reste encore et toujours de participer, même si pour beaucoup, les enjeux économiques relèguent un peu au second plan ce qui fait généralement la beauté de tout sport. Participer, oui, mais en gagnant de préférence…


Et pendant que des centaines d’athlètes, à l’ombre du Corcovado, cherchent à se dépasser pour arracher un coin de lumière, l’humanité, elle, franchit ce lundi des limites bien moins nobles. Selon l’ONG Global Footprint Network, ce lundi marque en effet le peu glorieux «jour du dépassement»: celui à partir duquel la population globale de la terre dépense davantage de ressources naturelles que ce que la planète est en mesure de lui fournir sur une année. Et c’est ainsi que pour les 145 jours qu’il reste d’ici à la fin de l’année, la population mondiale va, globalement, vivre à crédit.


Sur les 83 pays dont l’empreinte écologique est mesurée par Global Footprint Network, ils sont encore 22 (sur la base de chiffres datant de 2012) à ne pas avoir «basculé» dans le rouge. La France vient juste de le faire (ce dimanche), longtemps après l’Allemagne (le 5 juin), la Suisse (le 22 mars), la Belgique (le 27 février) ou… le Luxembourg (8 février). Et ce n’est rien à côté de Singapour, qui a déjà dépensé tout son stock de ressources naturelles disponibles dès le… 2 janvier!


Savoir se dépasser pour mieux vivre et ne plus penser seulement à soi, le «je» en vaut largement la chandelle…

On pourra évidemment toujours remettre en cause la méthodologie de ce calcul, mais on ne peut plus en nier la portée plus que symbolique et surtout tous les enjeux qui y sont liés. Un rapport du Conseil supérieur pour un développement durable (CSDD), réédité en mars 2013, rappelait d’ailleurs la situation préoccupante du Luxembourg, notamment depuis 2008. «Si nous voulions accorder à tous les habitants une consommation de ressources comparable à celle du Luxembourg, plus de huit planètes Terre seraient nécessaires», rappelait ainsi dans son éditorial Mike Mathias, membre du CSDD.


La réflexion vaut bien évidemment au-delà des frontières du Grand-Duché. Mais les efforts à fournir concernent tout un chacun, du simple quidam à la plus grosse entreprise. «Mieux consommer autrement» sera un des thèmes abordés pour l’édition 2016 de l’Oekofoire, fin septembre à Luxexpo. Pendant ce temps-là, le concept d’économie circulaire prend racine, petit à petit, dans les mentalités et le gouvernement prépare une législation lui permettant de respecter le cadre de l’accord de Paris sur le climat signé aux Nations unies en avril dernier.


La COP21, qui s’était tenue dans la capitale française fin 2015, fut, sur le plan de la communication et des belles intentions, une réussite totale. La COP22, qui se tiendra à Marrakech dans moins de 100 jours, aura la lourde responsabilité de prolonger cette réussite et de commencer la transition des paroles aux actes.


Plus vite toutes les bonnes intentions seront mises en œuvre, plus hautes seront placées les ambitions de bien faire en la matière et plus forts seront alors les bénéfices pour l’ensemble de la planète. Savoir se dépasser pour mieux vivre et ne plus penser seulement à soi, le «je» en vaut largement la chandelle… et toutes les médailles d’or du monde.



(article publié sur le site de Paperjam)


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