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Ouï-dire et dire oui


La démocratie a ceci de formidable, c’est qu’elle permet, en théorie, une large liberté d’expression, celle-ci devant évidemment être restreinte à certaines extrémités plus ou moins clairement – et malheureusement plutôt moins que plus – définies dans la loi.


Les attentats du 7 janvier contre Charlie Hebdo n’avaient d’ailleurs pas manqué de relancer un débat vieux comme la parole, entre ceux qui estiment qu’il est possible de tout dire et ceux qui prônent un minimum de retenue. Une espèce d’autocensure destinée à préserver les susceptibilités et les sensibilités de tout un chacun, même si la diversité de l’être humain ne permet pas toujours de dresser efficacement des barrières censées protéger contre tel ou tel risque de blasphème/insulte/diffamation (ne rayer aucune mention inutile et en rajouter si besoin).


Dans un peu moins de deux mois, le Luxembourg connaîtra un moment historique, avec la tenue d’un triple référendum, dont l’une des questions portera sur le droit de vote des résidents étrangers, sous condition de résidence dans le pays (au moins 10 années) et de participation préalable à un scrutin communal ou européen au Grand-Duché.


Mais déjà, les esprits s’échauffent entre intervenants qui, du coup, sont en froid. Les débats s’ouvrent, au contraire de certains esprits qui se ferment. Les mots volent bas et la courtoisie semble aller à vau-l’eau.


La carte blanche publiée ce samedi par Michèle Detaille sur notre site internet et les commentaires qui l’ont accompagnée sur les réseaux sociaux résument à eux seuls la diversité des opinions – qui est en tant que telle tout à fait louable – et la virulence de leur expression – qui dépasse parfois l’entendement.


Qu’une ancienne politicienne belge, devenue depuis un bon nombre d’années une femme d’affaires qui réussit au Grand-Duché, s’exprime ouvertement en faveur d’un tel droit de vote pour les résidents étrangers, et c’est le déclenchement d’un feu nourri sur fond «d’ingérence étrangère» et de «culot de donner des recommandations à une nation souveraine étrangère».


Et encore cet exemple n’est-il que très parcellaire dans l’intensité des échanges qui se profilent autour de cette question et qui risquent fort de monter encore de plusieurs crans d’ici au 7 juin.


Mais déjà, les esprits s’échauffent entre intervenants qui, du coup, sont en froid.

La crainte des partis de l’opposition – CSV en tête – à l’annonce de la tenue de ce référendum était d’assister à un certain dérapage dans les débats, avec l’émergence de clivages profonds et de discours identitaires, même dans un pays épargné par les relents nauséabonds de montées xénophobes et nationalistes portés par les vents voisins.


Un pays comptant 45,9% de résidents étrangers, avec une capitale forte de 69% de non-Luxembourgeois, ne peut plus se permettre d’ignorer ce débat essentiel pour la bonne marche. Il ne peut pas se permettre non plus un déchirement irrémédiable entre partisans du droit de vote des étrangers, défenseurs d’un accès plus large à la nationalité luxembourgeoise et chantres – il y en a, hélas – d’un protectionnisme national.


On le sait, cette consultation du 7 juin ne sera pas, elle-même, idéale sur le plan démocratique puisqu’une nouvelle fois, ce ne sont que les électeurs luxembourgeois qui se prononceront sur un sujet qui touche, a minima, deux fois plus de personnes.


On a ouï dire que le Luxembourg sortirait grandi si les électeurs votaient ‘oui’ le 7 juin à cette question essentielle pour l’avenir sociétal du pays. Il en sortirait encore plus grandi si, d’ici là, les arguments des uns et des autres s’opposaient dans un cadre parfaitement serein, apaisé et argumenté.



(article publié sur le site de Paperjam)


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