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La belle Hellène et la dette


L’Histoire aime bien se nourrir de clins d’œil savoureux, assaisonnés de juste ce qu’il faut d’ironie pour que la digestion ne soit pas trop douloureuse. La Grèce, berceau absolu de la démocratie, a pris ce week-end, par la voie de son peuple, un radical virage à gauche qui fait s’interroger le reste de l’Europe.


L’espoir de la belle Hellène de mettre fin à l’austérité qui plombe le pays depuis 2010 risque pourtant de couper l’appétit de bon nombre de dirigeants de l’UE 28. Renégocier la dette du pays, qui se chiffre à quelque 320 milliards d’euros, soit 177% du PIB, constitue le leitmotiv premier d’Alexis Tsipras et sa coalition de gauche radicale Syriza. Utopie ou réel espoir fondé? Il est encore trop tôt pour le savoir, mais à ce stade, on ne se bouscule pas beaucoup chez les 27 autres pour aller dans le sens de la tenue, comme souhaitée par M. Tsipras, d’une grande conférence européenne sur la dette. Du côté de la Banque centrale européenne, on oppose même déjà une fin de non-recevoir sur le principe même d’une réduction de cette dette.


Il existe un précédent pour une telle conférence: celle de 1953, qui s’est tenue à Londres et qui plancha sur l’annulation d’une grande partie de la dette de l’Allemagne, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Autre clin d’œil de l’Histoire quand on sait que c’est cette même Allemagne qui fut, en 2010, le principal instigateur des mesures prises à l’encontre du gouvernement grec.


Dans le même bateau


Ce lundi après-midi, à Bruxelles, l’Eurogroupe, composé des ministres européens des Finances de la zone euro, se réunit. Un rendez-vous programmé de longue date, mais dont l’ordre du jour devrait être sérieusement bousculé par cette nouvelle donne politico-économique.


Pendant ce temps-là, dans les rues d’Athènes, c’est tout un peuple qui se (re)met à espérer, comme porté par une nouvelle vague d’espoir. Deux semaines après les marées humaines qui ont déferlé au lendemain des attentats parisiens, ces deux phénomènes – que l’on se gardera évidemment bien de comparer quant à leur origine – ont au moins comme point commun de replacer le peuple plus que jamais au centre de l’échiquier. Une place qu’il n’aurait jamais dû quitter selon le principe même de la démocratie, mais que les grands argentiers et autres technocrates européens ont parfois eu tendance à déplacer vers la touche.


Sommes-nous à l’aube d’une nouvelle ère? Il est tentant, autant que forcément très prématuré, de l’imaginer. La crise de la dette grecque avait plongé la zone euro dans la plus profonde zone de turbulences qu’elle n’a jamais connue dans sa (courte) histoire et s’était propagée comme une traînée de poudre vers d’autres pays, notamment l’Espagne et le Portugal.


L’autre question est de savoir s’il y aura un nouvel effet boule de neige – restons dans l’air du temps – suite à cette victoire de l’extrême gauche grecque. Même s’il est des extrêmes qui sont certainement «moins pires» que d’autres, il n’y a plus qu’à espérer que le navire grec, en virant à bâbord toute, ne va pas, sur son chemin, entraîner tout un continent à la dérive. Pas plus que l’Europe n’aura d’intérêt à entamer un régime amaigrissant sans Grèce. Tout le monde est dans le même bateau.



(article publié sur le site de Paperjam)

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