• JMG

Interviewé sur culture.lu par Patricia Sciotti


Culture.lu est le portail pour les acteurs et les curieux de la culture au Luxembourg. J’ai eu l’honneur d’y être interviewé par Patricia Sciotti. Un grand merci à elle ! Je retranscris l’interview ci-dessous…


Destiné initialement à une carrière scientifique, Jean-Michel Gaudron, dès 1988 et durant toutes ses années d’études écrit pour la presse messine. À l’aube de sa vie professionnelle, bien ancré déjà dans cet univers, le choix fut simple… il serait journaliste ! De piges en piges, ce jeune Messin qui a les mots dans la peau finit par intégrer la rédaction de l’Agefi, journal pour lequel il écrivait déjà en freelance. Il s’embarque ensuite en tant que journaliste puis rédacteur en chef dans la grande aventure Paperjam. Il contribuera sans aucun doute à son développement au cours des 16 années durant lesquelles il lui a dédié une grande partie de sa vie.


Aujourd'hui responsable du contenu pour Luxinnovation, l’écriture fait toujours et encore partie de son quotidien. Elle est même bien plus que cela… indispensable, omniprésente, nourrissante puisque depuis une quinzaine d’années sa plume s’égare avec brio dans l’écriture romanesque.


Peux-tu me décrire en quelques mots ton parcours d’écrivain ? En tant qu'auteur, ma première publication officielle date de 2009. J'avais participé à un concours de nouvelles, organisé par une maison d'édition qui venait de se lancer. Le prix était la publication d’un livre sur la base de ce concours, contenant les meilleurs textes. C'était le premier concours auquel j'ai participé. Cela m'a donné le goût de l’écriture romancée et j'ai continué à écrire, surtout des nouvelles.


Quelques années plus tard, quand j'ai eu de quoi faire un autre livre, j'ai recontacté l'éditeur qui m'a, à ce moment-là, mis en relation avec l’un des autres lauréats. Nous nous sommes concertés, et avons proposé un projet global avec dix textes de chacun sur une thématique précise, l’éditrice l’a accepté.

Et puis, j'ai continué encore à écrire, puis quelques années plus tard, en l'occurrence, une fois que j'ai eu quitté Paperjam en 2017, j'ai eu un peu plus de temps pour moi, pour écrire à nouveau. J'ai dépoussiéré certains textes, écrit des nouveaux et je les ai proposés à mon éditrice. En 2018 est paru À double sens. En 2021 Tomber les masques...


Pourquoi ce besoin d’écrire si on peut qualifier cela de besoin ? D’où vient-il ? Honnêtement, j'adore ça, j'adore écrire, j'ai toujours aimé écrire. Quand j'étais gamin, j'adorais faire des rédactions. J'avais toujours de bonnes notes en rédaction. Ma prof de français, en 4ème, m'avait dit « Ah, vous devriez faire une carrière littéraire ». Mais pour moi à l'époque, cela voulait dire devenir écrivain, et ça par contre ne m'intéressait pas forcément… Et puis j'ai eu la chance de devenir journaliste, on était payé pour écrire ! C'était déjà une bonne base, mais après, le journalisme, ça reste, codifié, assez cadré. Et moi, j'ai parfois l'imagination qui galope.


Au départ, j’ai écrit juste pour le plaisir, après le fait d'avoir été publié c'est un peu un hasard, parce que j'ai fait plein d'autres concours qui n'ont jamais été plus loin… Donc, si je n’avais pas été retenu à ce premier concours peut-être que je n’aurais jamais voulu aller plus loin et écrire des choses, donc non être édité ce n’était pas vraiment un rêve, cela c'est fait comme ça.


Comment passe-t-on de rédacteur en chef d'un média business à écrivain ? Comment as-tu emprunté le virage entre l'écriture journalistique et l'écriture romanesque ? Cela s’est fait très naturellement et sans transition. Effectivement, l'intérêt de l'écriture romanesque, c'est qu'elle n’a aucune contrainte. Donc, c'était pour moi une vraie récréation de pouvoir écrire justement en toute liberté, en termes de longueur, de style… Pouvoir écrire, je dirais presque n'importe quoi, n'importe quand, dans n'importe quel contexte, c’est hyper précieux. Parce que c'est vrai que la contrainte journalistique est quand même assez forte. On ne peut pas toujours dire ce qu'on veut, comme on veut. Là pour le coup, c'était la liberté totale et le fait qu'effectivement, une éditrice était partante pour publier mes textes cela m’a aussi donné une motivation supplémentaire.


Comment décrirais-tu ton processus de création, la genèse d'un livre, est-ce que tu as des rituels, des horaires ? Honnêtement, j'écris quand l'inspiration me vient. Je n’ai pas de rituel je ne m’y mets pas tous les matins à 8h00 à 10h00 par exemple… J'ai une idée de nouvelle, je la laisse mûrir quelques jours, j’imagine à peu près comment elle doit finir. Et puis je laisse les idées se mettre en place pour arriver à construire un schéma narratif. Je me suis imposé une contrainte d'écriture sur les deux recueils de nouvelles, c'est de faire donc en sorte que c'est la dernière phrase où tout se dénoue et pas avant.


Donc, pour le premier recueil, j'ai exhumé certains textes anciens que j'avais déjà sous le coude, qui n'étaient pas écrits dans cette optique là. J'ai dû les réécrire pour arriver à faire que la fin soit uniquement sur la dernière phrase. Pour la suite, parfois j'ai commencé la nouvelle en ayant la dernière phrase, je connaissais déjà la fin, je connaissais la dernière phrase et après j'ai remonté le fil…


Que représente l'écriture pour toi ? Quel genre d'écrivain es-tu ? Pour moi, l’écriture c'est vraiment une récréation, c'est un plaisir. Je ne me sens pas écrivain dans le sens où je ne me sens pas l'obligation de devoir à tout prix comme certains, sortir un livre tous les ans ou avoir des rendez-vous littéraires très précis. Effectivement pas encore... Pouvoir vivre de ma plume là tout court, ce n’est pas un fantasme non plus, mais c'est vrai j'imagine que cela serait plaisant. Je ne me lève pas tous les matins en me disant, il faut que je trouve l'idée géniale qui fera que mon livre va se vendre à 10 0000 exemplaires et que je vais être traduit dans 20 langues ! Je n’ai pas envie que cela me donne des contraintes. Donc, tant que cela reste un plaisir pour moi, c'est le principal. Après, si par miracle j’enchaîne trois best-sellers, peut-être que là je changerai un petit peu de façon de faire… mais je n’ai pas cette prétention là.


En quelques mots, peux-tu présenter ton dernier livre, Tomber les masques à ceux qui n’auraient pas encore eu la chance de le lire ? Ce sont treize nouvelles. Au niveau timing, l'écriture s'est faite période COVID, j'ai quasiment tout écrit après mars 2020. Alors, le titre, Tomber les masques, est un clin d'œil parce que je n’avais absolument pas eu envie d'écrire sur le contexte COVID. C’était suffisamment angoissant, suffisamment lourd, plombant comme situation pour ne pas en rajouter une couche. Le COVID n’a jamais été pour moi un sujet d'inspiration particulier. C'est évidemment à double sens, il y a ce masque dont cela serait bien qu'un jour on puisse enfin s'en débarrasser !


Et puis c’est un clin d’œil par rapport à la mécanique des textes parce que chaque nouvelle se conclut vraiment sur la dernière phrase. Je trouve cela super amusant d'embarquer le lecteur sur du bleu et en fait à la fin c'est jaune... De le surprendre. Et puis avec du recul, le lecteur va pouvoir se rendre compte en relisant qu’il y avait plein de petits indices qui font qu’il aurait pu deviner que c’était jaune… C'est un double amusement d'embarquer complètement le lecteur ailleurs. J'espère le surprendre en tout cas à chaque fois, c'est le but.


Tes textes multiplient les références historiques et culturelles. Je me pose toujours cette grande question, qu’elle est la part d’intime que met l'auteur dans ses personnages ? Il y a certainement des bribes de moi. Je pense qu'il y a forcément des choses sur lesquelles à un moment donné, je mets un peu de moi, mais il n’y a pas un personnage qui est vraiment mon clone. Je n’ai pas non plus voulu me mettre en scène mais, il y a des petites choses effectivement concernant mon vécu qui me qui me plaisent bien. D'où viennent les idées ? C'est franchement, extrêmement hétéroclite comme l’idée l'enquête policière dans l'Angleterre c’est venu d’une partie de Cluedo.


En fait le Cluedo, c'est un jeu avec lequel on pourrait pour chaque partie développer une histoire et créer un roman… British comme ambiance. Donc, j'ai décidé de faire se dérouler cette histoire en Angleterre et là quand je pars sur une zone géographique précise, j’épluche la géographie, la carte de la ville pour essayer de trouver des itinéraires pour le personnage principal, etc. Enfin je m’amuse vraiment bien à faire toutes ces recherches. Je voyage quelque part, sans bouger de mon siège. J’ai fait un peu pareil en retrouvant des références historiques et médiévales qui me plaisaient beaucoup et qui collaient bien dans l'histoire.


J'aime bien apprendre même quand j'écris. Donc là, j'ai appris des choses aussi en faisant ainsi. Voilà, après l'histoire qui se passe à Marseille sur fond de football, c'est venu bien sûr parce que j'ai été, pendant quelques années, au tout début de ma carrière, journaliste sportif... Il y a d’ailleurs plusieurs nouvelles qui traitent de sport.


Tes ouvrages sont en format nouvelles. Pourquoi pas plus long ? Pourquoi ce format ? Est-ce parce que c'est plus facile pour toi ? Il y a plusieurs raisons. Il y a d'abord le fait que, en tant que journaliste, j'ai forcément toujours écrit des formats courts. C'est, je pense déjà une habitude de mécanique. Je dirais ensuite que je me suis essayé. En fait, il y a une ou deux nouvelles qui au départ, étaient destinées à être des romans. Et j'avais commencé à les écrire en me disant, là, je me lance dans un roman, et cetera. Et puis, je me suis rendu compte que, en tout cas à l'époque où j'étais dans cette écriture, cela nécessitait un investissement humain qui n'a rien à voir avec la nouvelle en termes de recherches, de temps pour écrire, de structuration de l'histoire, des personnages...


Alors je peux dire qu’à ce moment là, j’étais un peu fainéant et que du coup, ça m'arrangeait d'écrire des choses courtes. J'ai toujours été plutôt semi-marathon que marathon. Effectivement, pour moi l'écriture d’un roman c'est vraiment un marathon. Fin 2021, j’ai tout de même commencé un roman, mais je n’ai pas encore la fin. En fait, j’en ai deux en tête mais j’hésite, je n’ai pas envie d’écrire un roman classique. J’ai pour l’instant effectué les recherches pour une grosse partie de la documentation, je n’ai pas encore écrit la totalité de la trame…


Une adresse pour suivre l’actualité de Jean-Michel Gaudron et avoir le plaisir de lire des nouvelles inédites qu’il offre régulièrement à ses lecteurs : www.livresjmg.com

14 vues