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Histoire: tous derrière et le CSV devant


Hormis deux intermèdes d’un total de six années, le parti chrétien-social dirige le pays depuis l’instauration du suffrage universel en 1919. Et rien ne dit que la profonde crise institutionnelle que traverse aujourd’hui le pays modifiera cette donne l’automne prochain. Depuis ce mercredi, sur les coups de 21h, le Luxembourg se prépare donc à vivre le 16e scrutin de son histoire, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale (en comptant les deux élections partielles de 1948 (circonscriptions Sud et Est) et de 1951 (au Centre et au Nord)).

Les 15 précédents votes nationaux ont un point commun, et pas des moindres: même si les élections sont une activité démocratique, à la fin, c’est toujours le parti chrétien-social (CSV) qui gagne… Dans toutes ces échéances électorales, c’est en effet toujours le CSV qui a récolté le plus grand nombre de sièges à la Chambre, dans une fourchette allant de 18 (en 1974) à 26 (1954 et… 2009)

Cette hégémonie remonte même de bien plus loin, puisque le Parti chrétien-social (anciennement parti de la droite jusqu’en 1945) a dirigé pratiquement toutes les coalitions gouvernementales depuis 1919. Deux exceptions seulement: la période 1925-1926 (où le gouvernement fut dirigé par Pierre Prüm, leader du Parti national indépendant) et celle de 1974-1979, seule législature «complète» où le CSV, bien qu’ayant obtenu le plus de sièges (18, mais -3 par rapport au scrutin précédent) fut débordé par une coalition parti démocrate (DP, 14 sièges, +3) – parti socialiste (LSAP, 17 sièges, -1). Gaston Thorn fut alors le seul Premier ministre «bleu» de l’après-guerre.

Un rapport de force qui s'est creusé depuis 15 ans Le rapport de forces entre les partis «senior» et «junior» de toutes les coalitions qui ont gouverné a été relativement équilibré jusqu’à la fin du siècle dernier. Depuis 1951, hormis les neuf sièges d’écart entre le CSV et le LSAP en 1954 (il ne manqua même qu’un seul siège au parti chrétien social pour obtenir la majorité absolue à la Chambre qui ne comptait alors que 52 députés, contre 60 aujourd'hui), mais aussi entre le CSV et le DP en 1979 (pour le retour au pouvoir des chrétiens-sociaux), le nombre de sièges de différence n’a jamais dépassé quatre.

Le fossé s’est en revanche creusé à partir de 1999: lors de la dernière coalition CSV-DP, les libéraux comptaient ainsi quatre sièges de moins. Cinq ans plus tard, ce sont 10 sièges qui séparaient CSV et LSAP pour le gouvernement Juncker-Asselborn I et 13 sièges pour l’actuelle coalition reconduite en 2009.

Longévités Même dans le cadre d’un nouveau scrutin, et même en dépit de ses tourments récents, Jean-Claude Juncker fera probablement figure de favori pour rempiler à la tête de l’exécutif du pays. Si cela était le cas, il rejoindrait ainsi, en 2015, Pierre Werner en tant que Premier ministre qui a «régné» le plus longtemps: 20 ans. À la seule différence que M. Juncker est en poste sans discontinuer depuis 1995, alors que Pierre Werner s’y était pris à deux fois (entre 1959 et 1974, puis entre 1979 et 1984).

Ces deux modèles de longévité expliquent, en grande partie, que le pays n’a compté, depuis 1945, que sept Premier ministres (dont six issus des rangs chrétiens sociaux). À titre de comparaison, pour la seule 5e république instaurée en 1958, la France en compte déjà 19, et la Belgique 19 depuis 1946… L’Allemagne, elle, compte huit chanceliers depuis la création de la république fédérale en 1949.

Au Grand-Duché, Pierre Dupong, déjà en place pendant deux ans et demi juste avant la Seconde Guerre mondiale, occupa le siège huit années supplémentaires entre 1945 et 1953. À son décès, le 23 décembre 1953, Joseph Bech, un «ancien» (qui fut déjà ministre d’État entre… 1926 et 1937) lui succéda jusqu’en 1958, date à laquelle il se retira de lui-même, estimant ne plus être en mesure de remplir correctement ses fonctions dans un contexte de conflit ouvert avec son partenaire socialiste (déjà…) de coalition.

Pierre Frieden assura alors l’intérim jusqu’aux élections de 1959 au terme desquelles Pierre Werner devint le numéro un jusqu’en 1974, ne cédant sa place que pour une seule législature à Gaston Thorn (DP), avant de revenir au pouvoir en 1979 et achever un ultime mandat de cinq ans. Son successeur, en 1984, fut Jacques Santer, qui abandonna son poste près de 11 ans plus tard, le 20 janvier 1995, lorsqu’il fut appelé à la présidence de la Commission européenne. C’est alors Jean-Claude Juncker, ministre des Finances et ministre du Travail, membre du gouvernement depuis 1982, qui prêta serment devant le Grand-Duc Jean. Un «rituel» constitutionnel qu’il répètera ensuite à trois reprises…


Article publié sur le site de Paperjam.

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