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De Ponce Pilate à Henri IV


Vu de l’extérieur, ça va. «Un lieu paisible et cosmopolite». Voilà l’image du Luxembourg telle que véhiculée par les touristes étrangers, selon une enquête menée par l’Office national du tourisme et le ministère de tutelle auprès des acteurs de terrain du secteur. «Charmant et romantique» fait également partie des qualificatifs récoltés auprès de 65% des personnes interrogées.


La beauté de la nature et des paysages, la facilité d’accès (à condition de ne pas arriver le matin entre 7h et 9h) ou encore le sens de l’hospitalité sont les trois critères de motivation et de décision les plus largement répandus. Et ils sont entre 85% et 88% à recommander le Luxembourg en tant que destination à visiter.


En ce 27 septembre décrété, depuis 1980, Journée mondiale du Tourisme, ces chiffres ne peuvent que donner de bonnes bases pour tous ceux en charge du développement de l’image et de l’attractivité du pays. Abstraction faite des sempiternelles réserves liées au secret bancaire et à la mainmise supposée parfois occulte de la place financière, le Grand-Duché apparaît comme un pays où il faut bon vivre. Ou au moins passer.


Vu de l’intérieur, ça va déjà moins bien. L’indice de confiance des consommateurs établi par la Banque centrale du Luxembourg pointe dans le rouge depuis plus de deux ans; plus de la moitié des personnes sondées dans le cadre du Politmonitor RTL-TNS Ilres estiment que le gouvernement ne maîtrise plus vraiment la situation économique du pays et ils ne sont plus que 12% à croire que les hommes (et femmes) politiques disent encore la vérité.


Plusieurs mains sur le volant


Une autre étude, menée celle-là par le Conseil supérieur pour un développement durable, et présentée en début de semaine, montre que deux tiers des personnes âgées de plus de 34 ans estiment que l’avenir de leurs enfants sera plus difficile et 46% des personnes âgées de moins de 35 ans sont d’avis que leur propre avenir va être plus difficile que celui de leurs parents… Rien de très «paisible» ni «charmant» en perspective…


Pour autant, comme le montrent ces deux dernières études, les citoyens ne sont pas légion à vouloir s’engager eux-mêmes pour faire bouger les choses, les deux tiers laissant cette responsabilité aux seuls politiciens. C’est, du reste, généralement pour cela qu’ils sont élus et ça tombe bien, puisque dans trois semaines, les urnes parleront pour l’avenir du Luxembourg.


Ainsi il y aurait, dans le pays, plus de Ponce Pilate prompts à «s’en laver les mains» que de Henri IV appelant à se rallier à leurs blancs panaches. Il est pourtant connu que la politique est quelque chose de trop sérieux pour être confiée aux seuls politiciens. L’engagement citoyen, au-delà de toute idéologie politique, passe souvent par des actes de la vie quotidienne qui ne nécessitent pas forcément de dépêcher une armée de médias pour en rendre compte dans un communiqué de presse.


Le prochain gouvernement aura évidemment une grande responsabilité dans la façon dont le pays négociera le virage économico-socio-politique dans lequel il est engagé. Mais il ne faudrait pas pour autant s’imaginer que lui seul tient le volant.



(article publié sur le site de Paperjam)

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